Logo ifraf


Claude Cohen Tannoudji

Prix Nobel en 1997 pour le ralentissement et le piégeage des atomes par la lumière laser.

Ses travaux sont à la source des recherches actuelles de l'IFRAF.



Partenaires

ENS
P6
P13
P11
IO
Observatoire
CNRS

Rechercher

Sur ce site

Visiteurs connectés : 15


Accueil du site > Informations tout public > Bibliographie > D’un laser sans miroirs à certaines sources stellaires de lumière

D’un laser sans miroirs à certaines sources stellaires de lumière

Article de Claude Guthmann pour le blog des sciences. C’est une fenêtre ouverte sur la science, la technologie et leurs métiers, en collaboration avec l’ONISEP.

Les lasers habituels possèdent deux miroirs opposés formant une cavité remplie d’un milieu actif qui émet un faisceau de lumière intense, directionnel et très monochromatique (cf 5 mai 2011 Le laser a plus de cinquante ans). On avait envisagé il y a déjà cinquante ans la possibilité de réaliser des lasers sans miroirs et donc sans direction préférentielle d’émission. Pour cela il faut forcer par des collisions la lumière a suivre un long trajet aléatoire dans un milieu qui amplifie son intensité. En fait, on a avancé l’existence de telles structures dans l’espace pour expliquer l’émission de puissants rayonnements très monochromatiques par certaines formations de gaz interstellaires.

Des chercheurs du CNRS, de l’université de Nice Sophia Antipolis et de l’Observatoire de Paris ont réussi pour la première fois à construire au laboratoire un tel laser dit aléatoire en utilisant des atomes « froids » obtenus par refroidissement laser.

Fig-1

a) Des atomes froids de rubidium sont « pompés » (pompage optique) sur un niveau quantique d’énergie |3’>. Ils redescendent sur un niveau |3>. Un laser Raman accordable les renvoient sur un niveau |2’> – ∆. En redescendant sur le niveau de base |2>, ils émettent une lumière très monochromatique. Si on règle le laser accordable pour que la fréquence de la lumière émise corresponde à l’énergie d’une transition |2> —>|1’> la lumière est diffusée très efficacement par les atomes en |2> et l’effet laser aléatoire peut alors se produire.
b) Le nuage d’atomes froids représenté en jaune est exposé à 2 faisceaux laser opposés Raman (verts) et 6 faisceaux laser opposés (en rouge) de pompage optique. La lumière laser aléatoire est concentrée par une lentille (en bleu) et détectée par une photodiode (en noir). Dans le rond agrandi, on a figuré en bleu la lumière laser aléatoire diffusée par les atomes

Dans un laser classique, le milieu actif est placé dans une cavité formée de deux miroirs parallèles réfléchissants entre lesquels les photons vont et viennent. Cela augmente le trajet de la lumière dans le milieu actif et permet l’amplification de lumière. Dans le laser aléatoire, on augmente ce trajet par diffusion sur une partie des atomes froids. Ces diffusions répétées empêchent la lumière de sortir tout de suite du milieu amplificateur et, si son trajet dans celui-ci est assez grand, on obtiendra une amplification laser mais la lumière sera dans toutes les directions.

Dans l’expérience de Nice, les atomes de rubidium 85Rb sont d’abord refroidis par laser.

Le refroidissement des atomes par des lasers utilise la pression de radiation de la lumière qui permet de ralentir des atomes, c’est-à-dire diminuer leur vitesse moyenne. Ceci diminue donc leur agitation thermique et donc les refroidit. On peut ainsi atteindre des températures très proches du zéro absolu avec un nombre d’atomes très élevé (ici 7 108 ) qu’on confine dans un faible volume grâce à un piège.
La pression de radiation est due au transfert de quantité de mouvement des photons lorsqu’ils se réfléchissent sur un corps. La force ainsi créée correspond par unité de surface à une pression.

Ils forment dans un piège magnéto-optique un nuage d’atomes froids qu’on appelle une mélasse.

Un piège magnéto-optique est un dispositif utilisant une configuration de champs magnétiques judicieusement disposés pour piéger dans une enceinte à vide des atomes « refroidis » par des faisceaux laser.
On a schématisé sur la figure les six faisceaux laser opposés qui ralentissent les atomes et les regroupent en un nuage ou « mélasse » d’où les champs magnétiques empêchent qu’ils ne s’en échappent aussitôt.
Crédit Wikipedia

On exploite alors la multiplicité des niveaux atomiques de 85Rb. (Fig.1) Par pompage optique on peuple le niveau |3’>. La transition des électrons de |3’> en |3> peuple ce dernier niveau et réalise une inversion de population entre ce niveau d’énergie et le niveau |2> de base.

Le pompage optique, dû à Alfred Kastler, prix Nobel de physique 1966, permet à l’aide d’une radiation lumineuse de modifier les états des atomes. En peuplant majoritairement des états d’énergie élevés par rapport à ceux de basse énergie, on réalise une “inversion de population” qui joue un rôle essentiel dans le fonctionnement des lasers.

Un laser Raman accordable gouverne la transition |3> —>|2’> – Δ et c’est la transition |2’> – Δ —> |2> qui fournit l’amplification laser. En réglant le laser accordable pour que la fréquence de la lumière émise corresponde à l’énergie d’une transition |2> —>|1’>, la lumière est diffusée très fortement par les atomes en |2>, ce qui augmente considérablement son trajet à l’intérieur du milieu amplificateur. Ce dernier est constitué par le nuage d’atomes froids contenant des atomes excités par le pompage optique.

Fig. 2. Photographie du piège magnéto-optique dans lequel sont confinés les atomes froids. On aperçoit en bas à droite une partie des enroulements conducteurs créant les champs magnétiques qui concourent au confinement des atomes. La tache rouge est due à la diffusion de la lumière du laser de pompage optique par la mélasse d'atomes froids. Crédit Robin Kaiser.
Fig. 2. Photographie du piège magnéto-optique dans lequel sont confinés les atomes froids. On aperçoit en bas à droite une partie des enroulements conducteurs créant les champs magnétiques qui concourent au confinement des atomes. La tache rouge est due à la diffusion de la lumière du laser de pompage optique par la mélasse d’atomes froids. Crédit Robin Kaiser.

Robin Kaiser et ses collègues de l’Institut Non Linéaire de Nice (CNRS et Université de Nice Sophia Antipolis) ont ainsi réalisé pour la première fois en laboratoire un laser aléatoire dans lequel les photons sont diffusés par des atomes. Ce type d’expériences va pouvoir permettre d’étudier plus avant le rôle des interférences et des phénomènes coopératifs entre atomes dans le laser aléatoire. Cette approche expérimentale alliée à la théorie est riche de promesses pour l’étude des émissions laser rencontrées en astrophysique dans certaines formations de gaz stellaires.

fig-3
Fig.3. Vue en infrarouge de l’étoile Eta Carina entourée des nuages stellaires de la nébuleuse Carina. L’image obtenue par le télescope spatial Spitzer montre, en rouge les poussières, en vert les nuages de gaz très chauds. Les observations laissent penser que cette étoile géante (100 fois la masse du soleil) émet une lumière laser dans l’ultraviolet. Crédit NASA.

A partir de ce modèle de laboratoire va sûrement s’ouvrir une féconde collaboration avec les astrophysiciens pour mieux comprendre les phénomènes observés dans le ciel profond .

Pour en savoir plus :
A cold-atom random laser Q. Baudouin, N. Mercadier, V. Guarrera,W. Guerin and R. Kaiser Nature Physics 55 mai 2013 | DOI : 10.1038/NPHYS2614
Wikipedia : refroidissement d’atomes par laser
La physique des atomes froids présentée en termes simples. Laboratoire Kastler Brossel


Voir en ligne : Le blog des sciences

Post-scriptum :

Le blog des sciences est une initiative conjointe de l’ONISEP et de la F2S (Fédération Française des Sociétés Scientifiques)